Copropriétés non soumises loi Alur: conditions et exemptions

1,4 million. C’est le nombre de copropriétés recensées en France, mais toutes ne se plient pas aux mêmes règles. Certaines échappent aux filets serrés de la loi Alur, notamment sur le fonds de travaux ou la gestion administrative. Les ensembles réduits à deux lots principaux bénéficient d’aménagements particuliers, bien souvent ignorés par ceux qu’ils concernent.

La loi ne met pas toutes les petites copropriétés dans le même panier : elle ajuste ses exigences selon la taille et le budget des immeubles. Résultat : des obligations allégées, mais aussi des conséquences bien réelles sur la gestion quotidienne et la répartition des responsabilités entre copropriétaires. Démêler ces dérogations, parfois complexes, s’avère indispensable pour comprendre ce qui change concrètement au pied de l’immeuble.

Petites copropriétés : qui est concerné par des règles spécifiques ?

Dans l’univers de la copropriété, la catégorie des petites copropriétés se distingue par des règles ajustées à leur taille. Les immeubles comptant uniquement deux ou trois lots principaux ne subissent pas toutes les contraintes dictées par la loi Alur. Il ne s’agit pas d’une simple subtilité réglementaire : cette distinction rejaillit sur la tenue des assemblées générales, la désignation d’un syndic ou la nécessité de constituer un conseil syndical.

Le droit de la copropriété prévoit pour ces structures modestes un régime sur mesure. Prenons le cas d’un syndicat des copropriétaires à deux lots principaux : il peut fonctionner sans conseil syndical. La gestion repose alors sur une organisation souple, parfois informelle, où chaque copropriétaire prend part aux décisions à l’unanimité. Dans une copropriété à trois lots, la flexibilité demeure : libre à chacun d’instaurer ou non un conseil syndical.

Voici comment la loi adapte les règles selon la taille de l’ensemble :

  • Copropriété de 2 lots : aucun conseil syndical exigé, mode de gestion allégé.
  • Copropriété de 3 lots : conseil syndical facultatif, décision à la main des copropriétaires.

Cette adaptation évite de surcharger la gestion des petites copropriétés, où la proximité entre voisins rend certains dispositifs superflus. Mais attention : la souplesse ne rime pas avec anarchie. Le respect du règlement de copropriété et des décisions collectives reste de mise, sous peine de disputes devant les tribunaux. Gouvernance, transparence, responsabilité : même à petite échelle, ces enjeux ne disparaissent pas.

La loi Alur s’applique-t-elle à toutes les copropriétés, même les plus petites ?

Avec la loi Alur, les règles du jeu en copropriété ont été redessinées. Transparence accrue, protection renforcée des copropriétaires, gestion du bâti sous contrôle : sur le papier, tout le monde doit s’aligner. Mais la réalité nuance ce cadre. Les petites copropriétés, deux ou trois lots principaux, bénéficient de dérogations ciblées. Plusieurs exigences, comme la nomination d’un syndic professionnel, la création d’un extranet ou d’une fiche synthétique, ne sont pas systématiques.

Par exemple, une copropriété de deux lots n’a pas à ouvrir de compte bancaire séparé, ni à faire réaliser de diagnostic technique global (DTG), sauf si l’assemblée générale en décide autrement. La loi ELAN a, par la suite, confirmé cette flexibilité pour les plus petits ensembles.

Obligation Copropriété classique Copropriété 2 lots
Registre national des copropriétés Oui Oui
Fiche synthétique Oui Non
Compte bancaire séparé Oui Non
Extranet Oui Non

Cependant, l’inscription au registre national des copropriétés demeure obligatoire, quel que soit le nombre de lots. Les assemblées générales et l’adoption du budget prévisionnel s’appliquent aussi, mais sous une forme plus souple. La loi Alur a donc choisi l’adaptabilité : rigueur pour les grands ensembles, pragmatisme pour les plus petits.

Fonds de travaux : quelles obligations pour les copropriétés de 2 lots et les exemptions possibles

Le fonds de travaux est venu s’imposer, via la loi Alur, comme une réserve destinée à anticiper les frais d’entretien et de rénovation. Mais la règle connaît ses exceptions. Les copropriétés de deux lots disposent là encore d’un régime particulier.

La loi du 10 juillet 1965, article 14-2, précise : l’obligation de constituer un fonds de travaux ne concerne pas les immeubles de seulement deux lots à usage de logements, de bureaux ou de commerces. Cette exonération vise à alléger la charge administrative et financière des plus petites structures, où deux copropriétaires peuvent facilement s’entendre sur l’opportunité et le financement des travaux.

Mais cette latitude n’est pas sans conditions. Le syndicat doit strictement comporter deux membres, sans lots annexes. Si l’un des copropriétaires détient plus d’un tiers des voix, ce dispositif reste valable, sauf si une décision contraire est prise en assemblée générale. La constitution d’un fonds devient possible dès lors qu’au moins un copropriétaire le demande, notamment en vue de travaux inscrits dans un plan pluriannuel ou lors de l’élaboration du budget prévisionnel.

Cette souplesse n’exclut ni le débat collectif, ni la vigilance sur la préservation de l’immeuble. Ici, la gestion se décide souvent entre voisins, sans lourdeur statutaire, mais la responsabilité reste partagée.

Trois adultes discutant autour d

Comprendre les avantages et limites des dérogations pour les petites copropriétés

Le régime dérogatoire accorde aux petites copropriétés une marge de manœuvre appréciable : comptabilité allégée, pas de fonds de travaux obligatoire, gestion directe entre copropriétaires. Dans ces ensembles restreints, la proximité facilite la discussion, les décisions se prennent sans détour, souvent sans syndic professionnel.

Pour autant, ces dérogations ont leurs bornes. Dès que la sécurité des occupants ou la santé du bâtiment l’exigent, le plan pluriannuel de travaux s’impose. La loi Climat et résilience ajoute, elle aussi, de nouvelles obligations dès lors que des questions de préservation ou de rénovation énergétique se posent.

Ces allégements réglementaires se traduisent concrètement par :

  • Une gestion comptable simplifiée
  • Des assemblées générales moins formelles
  • L’absence d’obligation de conseil syndical

Mais la médaille a son revers : sans structure formelle, il suffit parfois d’un copropriétaire en difficulté pour bloquer toute décision. L’intervention d’un administrateur provisoire, prévue par l’ordonnance réformant la copropriété, peut alors s’avérer nécessaire pour sortir de l’impasse. Dans ces ensembles réduits, la vigilance collective n’a rien d’optionnel : elle reste la meilleure protection contre la paralysie et les dérapages.