La locution « toutes les deux » ou « tous les deux » pose rarement problème dans une phrase simple. La difficulté apparaît dès que la phrase se complexifie : subordonnée relative, proposition participiale, coordination de verbes avec des sujets différents. L’accord du verbe, du participe passé et parfois de l’adjectif attribut dépend alors de la place et du rôle exact de « tous/toutes les deux » dans la structure syntaxique.
Accord de « toutes les deux » : la règle grammaticale de base
Le mot « tout » placé devant « les deux » fonctionne comme un pronom indéfini qui reprend un groupe nominal. Il s’accorde en genre et en nombre avec ce groupe.
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Pour deux éléments masculins (ou mixtes), on écrit « tous les deux ». Pour deux éléments féminins, on écrit « toutes les deux ». L’Académie française rappelle que « tous les deux » est la seule forme correcte au masculin, « tout les deux » restant toujours fautif, même quand « deux » semble fonctionner comme un nom.
Quelques repères pour vérifier l’accord :
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- Identifier le groupe nominal que « tous/toutes les deux » reprend. Si ce groupe est féminin pluriel, écrire « toutes les deux » ; sinon, « tous les deux ».
- Vérifier que le verbe conjugué s’accorde avec le sujet réel de la proposition, pas avec « deux » isolément.
- Dans une phrase complexe, repérer si « tous les deux » est sujet, apposition ou complément, car sa fonction change la chaîne d’accord.
La forme « toute les deux » (sans -s à « toute ») est une faute fréquente. Elle naît d’une confusion avec l’adverbe « tout » (signifiant « complètement »), qui suit des règles d’accord distinctes.

« Tous les deux » dans une phrase complexe : où placer la locution sans créer d’ambiguïté
Dans une phrase simple comme « Ils partent tous les deux demain », aucune hésitation. Le sujet « ils » commande le verbe, et « tous les deux » vient renforcer l’idée de totalité. Le problème surgit avec les propositions subordonnées.
Subordonnée relative et accord du verbe
Prenons cette phrase : « Les deux sœurs, qui étaient toutes les deux fatiguées, ont refusé de sortir. » Ici, « toutes les deux » est attribut du sujet « qui », lui-même pronom relatif reprenant « les deux sœurs ». Le participe « fatiguées » s’accorde au féminin pluriel avec « sœurs », pas avec « deux ».
Comparez avec : « Les deux sœurs, qui étaient fatiguées, ont refusé de sortir. » Le sens reste identique. La locution « toutes les deux » n’ajoute qu’une insistance sur le fait que ni l’une ni l’autre n’a fait exception.
Dans une relative longue, la suppression de « tous les deux » réduit le risque d’erreur d’accord sans modifier le sens. Certains guides d’écriture récents signalent cette tendance : quand le déterminant « les deux » est déjà exprimé dans le groupe nominal antécédent, la locution fait doublon sémantique.
Proposition participiale et participe passé
Avec une participiale, le piège s’accentue. « Tous les deux partis avant l’aube, ils n’ont pas vu le lever du soleil. » Le participe « partis » s’accorde ici avec « ils » (masculin pluriel), et « tous les deux » reste en position d’apposition. Si le sujet était féminin : « Toutes les deux parties avant l’aube, elles n’ont pas vu le lever du soleil. »
L’accord du participe passé dans ces constructions suit la règle classique : le participe s’accorde avec le sujet qu’il qualifie, pas avec la locution elle-même.
Comparer les effets de style : phrase avec et sans la locution
La présence ou l’absence de « tous les deux » dans une phrase complexe ne modifie pas la correction grammaticale, mais change la perception du lecteur. Quelques paires concrètes permettent de mesurer la différence.
« Les deux candidats, qui avaient tous les deux échoué au premier tour, se sont représentés. » Face à : « Les deux candidats, qui avaient échoué au premier tour, se sont représentés. » La première version insiste sur le caractère partagé de l’échec. La seconde est plus neutre et plus concise.
« Marc et Julie sont tous les deux arrivés en retard, ce qui a retardé la réunion que tous les deux devaient présenter. » La répétition de « tous les deux » alourdit la phrase. Une version allégée : « Marc et Julie sont arrivés en retard, ce qui a retardé la réunion qu’ils devaient présenter ensemble. » Le sens ne bouge pas, la syntaxe gagne en clarté.
Garder « tous les deux » quand il lève une ambiguïté, le supprimer quand il fait doublon : c’est le principe qui guide le choix dans une phrase complexe. Si le contexte montre déjà que les deux éléments sont concernés, la locution devient un poids mort.

Accord du verbe et du participe passé avec « tous les deux » sujet ou apposition
La fonction syntaxique de « tous les deux » dans la phrase détermine la chaîne d’accord. Deux cas principaux se présentent.
Quand « tous les deux » est sujet
« Tous les deux veulent partir » : le verbe se conjugue à la troisième personne du pluriel. Le pronom « tous » porte le pluriel, « deux » précise le nombre. Aucune difficulté tant que le verbe suit directement.
La complication arrive quand une subordonnée s’intercale : « Tous les deux, qui avaient pourtant promis de rester, sont partis. » Le verbe principal « sont partis » reste au pluriel, commandé par « tous les deux ». Le verbe de la relative « avaient promis » s’accorde avec « qui », lui-même renvoyant à « tous les deux ».
Quand « tous les deux » est en apposition
« Mes frères, tous les deux diplômés, travaillent à Lyon. » Ici, « tous les deux diplômés » est une apposition détachée. Le participe « diplômés » s’accorde avec « mes frères » (masculin pluriel). Le verbe principal « travaillent » s’accorde aussi avec « mes frères ».
Au féminin : « Mes sœurs, toutes les deux diplômées, travaillent à Lyon. » L’accord passe au féminin pluriel sur « toutes » et sur « diplômées ».
Piège fréquent : confusion entre « tout » adverbe et « tous/toutes » pronom
La source principale d’erreurs dans les phrases complexes vient de la confusion entre deux catégories grammaticales distinctes.
« Tout » adverbe signifie « complètement, entièrement ». Il est en principe invariable, sauf au féminin devant une consonne ou un h aspiré. Exemples : « Elles sont tout étonnées » (adverbe, invariable devant voyelle), « Elles sont toutes surprises » (adverbe, variable devant consonne).
« Tous/toutes les deux » relève du pronom indéfini. Il s’accorde toujours avec le groupe qu’il reprend. Confondre les deux catégories mène à des formes comme « tout les deux » (adverbe plaqué là où un pronom est attendu) ou « toutes étonnées les deux » (mélange des constructions).
Un test fiable : remplacer « tous les deux » par « l’un et l’autre ». Si la phrase reste correcte, on est bien face au pronom, et l’accord en genre avec le référent est obligatoire.
Certains dictionnaires contemporains, dont celui de l’Université de Sherbrooke, signalent une tendance à maintenir « tout » invariable comme adverbe dans des tournures longues, afin de limiter les ambiguïtés dans les phrases à plusieurs subordonnées. Cette évolution concerne l’adverbe, pas le pronom : « tous les deux » reste toujours accordé.
La meilleure façon de trancher face à un doute sur « toutes les deux » ou « tous les deux » dans une phrase complexe reste de décomposer la structure : identifier le sujet, repérer la fonction de la locution, vérifier le genre du référent. Si la locution n’apporte rien que le contexte ne dise déjà, sa suppression simplifie l’accord et la lecture.

